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CYCLISME – La malédiction du maillot arc-en-ciel : pas très normales activités

Dimanche 18 octobre, tour des Flandres. Alors que Julian Alaphilippe formait une échappée depuis quatre kilomètres en compagnie de Mathieu Van der Poel et Wout van Aert, le récent champion du monde heurte une moto et chute brutalement. Il voit par la même occasion ses rêves de remporter l’épreuve, pour sa première participation, s’envoler. Après sa défaite à cause d’une célébration précoce, il est l’heure de parler de la malédiction du maillot arc-en-ciel.


 

Dimanche dernier, ce n’était pas Fabio Quartararo, la pépite nationale de moto GP, qui était en embuscade mais bien une moto encadrant l’événement du Tour des Flandres et qui n’avait rien à faire là. On ne va pas se le cacher. Verdict pour Julian : double fracture du poignet et plusieurs semaines de repos forcé. Entre ça et son excès de confiance qui lui a couté Liège-Bastogne-Liège, le maillot arc-en-ciel n’est pas gâté depuis son titre mondial. La légende noire fait frémir les vainqueurs du titre mondial. Mais peut-on aller jusqu’à parler de malédiction ?

Parfois mortel, à l’image du Belge Jean-Pierre Monseré – décédé en course en 1971 alors qu’il portait le maillot arc-en-ciel – ou d’Isaac Gálvez, autre coureur mort sur la route avec cette même tunique lors des Six jours de Gand, le sacre ultime est risqué. Par autre moment, il s’agit de désastres sportifs comme le Belge Freddy Maertens, vainqueur en 1981 et auteur d’une grande saison, qui ne retrouvera jamais son meilleur niveau…. Pour l’Irlandais Stephen Roche, avec une année 1988 bien pourrie après son triplé Tour d’Italie – Tour de France – Championnat du monde l’an passé. Quand ce n’est pas sur la route ce sont des affaires judiciaires, à l’image du Français Laurent Brochard, mis en cause dans l’affaire Festina en 1998, alors qu’il portait arborait le fameux haut multicolore ou pour l’Espagnol Igor Astarloa qui a remporté le titre mondial en 2004 juste avant de connaitre une carrière marquée par des affaires de dopage. Gagner un titre de champion du monde n’inspire pas vraiment confiance dans le monde du vélo.

Jean-Pierre Monséré – Le drame

Au cœur des années Merckx, les temps sont durs pour les coureurs. Le Cannibale assomme course après course ses adversaires, assumant totalement son surnom et donnant seulement des miettes aux plus audacieux. Seuls les fous osent défier le patron du cyclisme mondial à l’époque. L’espoir, aussi mince soit-il, peut venir de la jeunesse. Et parmi elle, il y a Jean-Pierre Monséré. Le jeune belge n’est pas en retard et devient champion de Belgique à 20 ans. À l’âge où d’autres peinent à rentrer dans la vie adulte, lui est déjà obsédé par la gagne. Il porte l’étoffe des champions dans un pays où le vélo est une religion. Par la suite, il frappe dès sa première classique en Lombardie, puis vient cueillir un titre de champion du monde en 1970 à 22 ans. JP est alors adulé par le monde du deux roues sans moteur. Il est vu comme l’icône parvenue à déloger Merckx de son trône. La suite est horrible, vous ne la connaissez peut-être pas. Un jour de mars 1971, au cours du Grand Prix de Retie, le jeune homme prend le départ de sa dernière course. L’histoire : une sécurité presque inexistante, un refus de marquer un stop, un coureur percuté. Et ce coureur, c’est Monséré. Le belge git sur le bitume, la tête ensanglantée. Ce terrible accident est certainement revenu à l’esprit d’Eddy Merckx, vainqueur du maillot arc-en-ciel l’année suivante. Il sera lui aussi touchée par une malédiction, mais uniquement sportive, avec des résultats en baisse cette année-là. Rien de comparable au drame de Monséré, l’un des moments les plus sombres de l’histoire du cyclisme.

Lance Armstrong – Le scandale

Lance Armstrong va connaitre ses premières désillusions l’année d’après son titre de champion du monde de 1993. Après une cuisante défaite sur la Flèche Wallonne 1994, quelques mois plus tard, Armstrong triomphe dans la Clasica San Sebastian. On le croit alors épargné par la malédiction du maillot arc-en-ciel. Que nenni. Leader de l’équipe Motorola de Jim Ochowicz, Armstrong signe fin 1996 chez Cofidis pour collaborer avec Cyrille Guimard. Le projet restera un échec cuisant. L’Américain se fait diagnostiquer un cancer des testicules en octobre 1996. Convalescent en 1997, de retour dans les pelotons en 1998 avec l’US Postal, BrasPuissant monte en 1999 le système de dopage le plus sophistiqué de tous les temps. Lance va pérenniser des exploits trop beaux pour être vrais, avec un septennat d’imposture sur le Tour de France. Sept maillots jaunes et un champ de ruines qu’il laisse derrière lui. L’image du jeune et fougueux champion du monde est loin. Place au cauchemar de la réalité. Celle du plus gros scandale de dopage all-time.

Philippe Gilbert – Les échecs répétés

Titré en 2012 à Valkenburg, tout réussi au Belge jusque-là. Après une saison 2011 stratosphérique où il profite de l’absence de l’autre puncheur star du peloton, Valverde – suspendu pour dopage-, l’ex-champion du monde rafle la Clasica San Sebastian ce qui n’est pas sans rappeler quelqu’un. Après quelques mois de crise, le roi des puncheurs sort de sa léthargie au meilleur moment, à Valkenburg où il se pare d’arc-en-ciel, mettant fin à sept ans de disette pour la Belgique. Par la suite, sa saison 2013 est moribonde, avec une seule victoire au compteur… dans la douzième étape de la Vuelta. Si loin du festin de l’année 2011 où Gilbert ressemblait à un surhomme invulnérable sur les rendez-vous de prestige. Le coureur du pays des French Fries, roi des classiques en 2011, numéro un mondial en 2012, a perdu son mojo le jour où il a revêtu ce foutu maillot. Ça a commencé au soir du Tour de Lombardie. Une semaine après son triomphe mondial, Gilbert fait connaissance avec le revers de l’arc-en-ciel. De plein fouet. Dans une descente et sur une chaussée extrêmement glissante, il se retrouve au tapis. Rideau sur la Lombardie. Et début des soucis. Ils le suivront jusqu’au jour où il abandonne sa tunique. Au moment de la remettre en jeu, un an plus tard, Phiou reconnaissait chez RTBF s’être ouvertement posé la question alors qu’il n’était pas du genre à aller fouiller dans les sphères paranormales pour expliquer ses échecs. Cependant, voici ce qu’il disait avant de rendre son ensemble irisé en 2013 en Toscane :

« Je n’ai jamais été superstitieux mais il y a un moment où, c’est vrai, je me suis demandé si ce maillot n’était pas maudit. Je me suis dit qu’il y avait quand même quelque chose qui ne tournait pas rond. […] Malgré tout, devenir champion du monde est la plus belle chose qui puisse arriver. Même s’il est dur à porter, ce maillot a couronné ma carrière. »

Ces exemples parmi tant d’autres font froid dans le dos, on ne va pas se le cacher. Alors on s’adresse à toi, notre Julian national (et surtout à cette foutue moto) qui pense déjà à ton retour. Comme le dit notre vieil ami belge Philippe, ce maillot est une consécration d’être l’un des meilleurs (si ce n’est LE meilleur) cyclistes de sa génération. Difficile de rompre la malédiction, oui, mais pas impossible. À l’instar de Michal Kwiatkowski, titré en 2014. Exemplaire au cours de l’année suivante tantôt vainqueur (Amstel Gold Race), tantôt équipier. Voilà à quoi on reconnait l’étoffe d’un champion, pas à un simple maillot aussi prestigieux soit-il.

L'auteur : Arnaud Connen

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