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BASKET-BALL : Dix ans après, la renaissance des Lakers : de Robert Sacre au sacre de LeBron

Au bout du long tunnel, la lumière. Le 12 octobre 2020, à quatre heures du matin (heure française) les Los Angeles Lakers deviennent champions NBA. Une explosion, des larmes et une page écrite dans le grand livre de la franchise. Une page comme l’épilogue d’une décennie trop sombre pour des Angelinos à l’histoire si brillante.


Le 17 juin 2010, les Lakers éteignent les Boston Celtics lors d’un game 7 verrouillé à double tour, 83-79. Les Californiens lèvent pour la 16e fois le trophée Larry O’Brien et atteignent leur climax par un back-to-back validé. Personne n’imagine un seul instant que la bande de Kobe Bryant, vivra dix prochaines années loin de son éclat hollywoodien. La saison régulière 2010-11 est un miroir absolu de la précédente. Un groupe similaire, 57 victoires de nouveau engrangées en saison régulière, une équipe en quête d’un triplé, bref le train jaune et violet file à toute allure. Mais le miroir se brise trop vite. En Playoffs, les Lakers sont favoris au titre. Personne ne voit comment la meute de Phil Jackson peut, ne serait-ce que tomber avant les grandes Finales. Premier tour en maîtrise face aux Hornets – de la Nouvelle Orléans à l’époque – de Chris Paul, avant la première fissure de la franchise. Dallas se présente sur la route des Lakers en demi-finales de conférence. Jugés vieillissants, les Mavericks ont eux aussi écrasé l’Ouest avec… 57 victoires. D’écrasements, les Lakers en ont distribués par wagons entiers depuis 2000. Mais ils ne sont pas prêts à en encaisser. 4-0. Dallas bombarde Los Angeles en quatre petits matchs avec un Dirk Nowitzki touché par la grâce. L’Allemand signe un 11/15 à trois points sur la série, à 25,3 points de moyenne. En face, les Angelinos sont pris, partout, sans réponse. Élimination cinglante et retour sur terre après deux ans passés au firmament de la Ligue. Se faire humilier par les Texans guidés par un Allemand au toucher soyeux est infecte à avaler sur la côte Ouest. Le coach emblématique Phil Jackson part après 11 saisons sur le banc du Staples Center. Mike Brown arrive mais rien ne change ou presque. 3e de l’Ouest, et nouvelle fessée en demi-finales de conférence. Le tout jeune Thunder détruit Los Angeles (4-1), Kobe est définitivement trop seul dans son équipe, malgré la présence de Pau Gasol et de Ron Artest. Pas de doutes, il faut du changement à l’été 2012.

Le Big Five du désastre

Dans le langage Lakers on appelle cela des stars et du lourd. Un double MVP et le pivot dominant de la NBA arrivent à LA. Steve Nash d’un côté, Dwight Howard de l’autre, dirigés par Kobe Bryant. Sur le papier, aucun défaut n’apparaît. Au crépuscule de sa carrière, l’ancien meneur des Suns apportera la créativité et les passes magiques à ses coéquipiers. En quête d’une première bague D12 signe dans un effectif à la hauteur de son talent. Intraitable dans la peinture, Dwight Howard symbolise une menace nouvelle dans le secteur intérieur. Kobe quant à lui, fait le lien entre le premier et le second, en restant la première option offensive et dictant le jeu de ses Lakers. Mais si la cohabitation avec Shaquille O’Neal ne fut pas un long fleuve tranquille, celle avec Dwight sera un tsunami. Comme Shaq, Dwight n’est pas fan de travail à outrance et a tendance à se reposer sur sa domination naturelle. Face à un Mamba stakhanoviste au possible, la relation entre les deux superstars bout très vite, jusqu’à l’explosion en milieu de saison. Pour ne rien arranger, Steve Nash se blesse grièvement au genou dès ses premières minutes en jaune et violet. Un signe du destin pour les die hard fans des Suns, franchise rivale des Lakers, qui voient en cette blessure la vengeance de son arrivée chez l’ennemi. Les plans d’avant-saison volent en éclat, LA joue terriblement mal et débarque son coach, Mike Brown après 4 défaites en 5 matchs. Mike D’Antoni arrive pour faire exploser le Showtime à Hollywood, mais ce sera peine perdue. L’ancien gourou de Phoenix veut greffer à ces Lakers un style basé sur la vitesse et la transition rapide en contre-attaque. Dans une équipe presque intégralement fournie de vétérans, avec un pivot modelé pour l’attaque en demi-terrain, le pari est tristement perdu. Pour finir en beauté, Kobe Bryant se blesse au tendon d’Achille quelques jours avant les Playoffs. Le patron des Lakers avait littéralement porté la franchise à bout de bras, avec des temps de jeu herculéens. Sans son meilleur joueur, Los Angeles prend une troisième gifle d’affilée en post-season. Les Spurs anéantissent ce qu’il reste des purple and gold. 4-0 et coup de balais sur un Big Five, qui finalement, n’en aura jamais été un.

Perdus au milieu du désert

À Los Angeles, une ère glaciale s’ouvre dans la chaleur de l’été 2013. Dwight Howard est parti à Houston, Kobe Bryant ne rejouera pas avant un an, Robert Sacre et Carlos Boozer forment la nouvelle raquette jaune et violette. Mike D’Antoni et Steve Nash ont survécu, ou plutôt prolonger le sursis d’une saison cataclysmique. 55 défaites, 14e place à l’Ouest, D’Antoni viré, et des Lakers qui signent leur première saison sans Playoffs depuis 1994. Les fans des Lakers l’ont compris. La gloire des années 2000 est définitivement terminée. San Antonio, Oklahoma City, puis Golden State, la conférence Ouest n’appartient plus aux Angelinos. Pire, LA n’a jamais connu de saison aussi dramatique depuis 1958. Cette année-là, Charles de Gaulle est président de la République et les Lakers sont à Minneapolis. Une éternité. Byron Scott, ancien coéquipier du Black Mamba remplace D’Antoni sur le banc jaune et violet. Les Lakers doivent repartir de zéro et construire par la Draft. L’occasion de poser la première pierre des fondations avec l’arrivée de Julius Randle. L’ailier fort de Kentucky est explosif, rapide, technique et doit devenir un pilier à Hollywood. Premier match le 28 octobre 2014 et… fracture du tibia. Saison terminée pour le jeune Laker et un chat noir qui rode inlassablement autour du Staples Center. La seule attente de cette saison 2014-15 balayée d’un trait et la conviction pour les supporters de revivre une saison en Enfer. Byron Scott termine la saison avec un bilan de 21 victoires et 61 défaites, nouveau record de médiocrité. Bryant ne joue que 35 matchs et souffle sa 36e bougie, la saison prochaine sera sa dernière. Le scénario rêvé pour se tourner définitivement vers l’avenir avec en plus, le 2e choix de la Draft 2015. Los Angeles choisit D’Angelo Russell, un meneur pur, gros scoreur et qui serait le parfait complément à Julius Randle, désormais prêt à lancer sa carrière dans la Grande Ligue. Jordan Clarkson, Lou Williams et Roy Hibbert posent eux aussi leur valise en Californie et l’on se dit que les Lakers peuvent réellement entamer la reconstruction. Une fois encore, il n’en sera rien. La franchise dépose son pire bilan avec 17 victoires en 82 matchs. Il faut dire que l’enjeu de la saison 2015-16 était de préparer la retraite de Kobe Bryant. Après une tournée d’adieux dans les 29 salles de la NBA, le numéro 24 envoie 60 points sur le Jazz pour son dernier match, et fait gagner son équipe au Staples Center. La Cité des Anges n’aura brillé qu’une fois cette saison, mais avec quel éclat. Les deux saisons suivantes sont meilleures, mais demeurent de longs chemins de croix tristement répétés par la franchise. Brandon Ingram et Lonzo Ball sont choisis en 2016 et 2017 pour créer la nouvelle identité des Angelinos. Avec Luke Walton aux commandes de ce joyeux effectif dès l’été 2016, Los Angeles veut titiller la huitième place pour la qualification en Playoffs. 26, puis 35 victoires sont glanées par les jeunes Lakers. Toujours pas de Playoffs mais Clarkson, Ingram, Randle et Ball sont l’avenir de LA. L’émergence de Josh Hart et de Kyle Kuzma commence doucement mais sûrement à poser des sourires sur les fans de la franchise. Entre temps, Magic Johnson a été nommé président des opérations basket de la franchise en février 2017. D’abord considéré comme un effet de com’, la nomination du glorieux meneur des années 1980 sera le point central d’une nouvelle ère, celle-ci beaucoup plus chaude.

Faites place au Roi !

Le 2 juillet 2018, un séisme ravage la planète NBA. LeBron James signe aux Lakers pour 4 ans. Le meilleur joueur du monde portera le maillot jaune et violet à l’ouverture de la saison 2018-19. La Cité des Anges revit après plusieurs années de domination Clippers et des matchs sans intérêt jusqu’alors. Signé agent libre, le King doit être le mentor de la young core de la franchise. Dans sa valise, Rajon Rondo, Lance Stephenson et Javale McGee arrivent en Californie. Plus habitués aux passages dans Shaqtin’ a Fool que de jouer les vétérans cadres, Javale et Lance nous illumineront de leur côté artistique. Sur le terrain, l’ajout des « anciens » et de LeBron paie d’entrée. Les Lakers ne cassent pas tout sur leur passage mais arrivent au match de Noël avec un bilan positif (19-14), chose rare ces dernières années. Mais… le chat noir du Staples Center continue de miauler sa malédiction. Face aux Warriors, le Roi se blesse aux adducteurs et sort du terrain. Une soirée de Noël remportée, mais non sans langue de bois pour les supporters angelinos. LeBron James sera absent des 18 matches suivants. Perdus sans leur souverain, les Lakers laisse filer 12 rencontres durant son absence, la dynamique est brisée. Cela dit, en coulisses, le travail ne manque pas. Rob Pelinka, general manager depuis 2017 agit dans l’ombre pour trader Anthony Davis. L’ombre est vite révélée par les médias qui dès janvier, annoncent des rumeurs incessantes de l’intérieur des Pelicans vers Hollywood. AD a tapé dans l’oeil de LeBron qui voit bien dans le garçon, son parfait complément. Passé la trade deadline, le transfert ne se fera pas et les Lakers termineront la saison avec le même effectif qu’à la rentrée. Après 82 matchs, la franchise n’arrache que 2 victoires de plus par rapport à la saison précédente, mais l’essentiel est ailleurs. L’été 2019 est vital pour Los Angeles dans une quête obsessionnel de superstar. Voyant l’échec du développement des jeunes loups, Rob Pelinka décide de faire tapis le 16 juin 2019. Josh Hart, Lonzo Ball, Brandon Ingram et les trois prochains tours de Draft des Lakers s’envolent à la Nouvelle-Orléans. Dans l’autre sens, Anthony Davis arrive. Les fans explosent de joie, malgré la tristesse de voir partir les enfants qu’ils ont vu grandir. Directement après le trade, Pelinka fait signer Danny Green, DeMarcus Cousins, Avery Bradley, Jared Dudley et… Dwight Howard ! Fini la jeunesse, la moyenne d’âge du nouvel effectif passe au-dessus de la barre des 30 ans. L’objectif n’est plus d’aller en Playoffs mais d’aller chercher le titre. Pour exécuter la mission, il faut une défense impitoyable. L’entraîneur du Magic Frank Vogel prend la casquette de Luke Walton et s’installe à LA. Réputé pour sa capacité à imprimer un style défensif intraitable à ses équipes, Vogel arrive dans un nouveau monde où il s’impose d’entrée de jeu.

La consécration guidée par une étoile

Kawhi Leonard et Paul George ont rejoint les Clippers, de quoi annoncer une potentielle finale de conférence fratricide. Cela tombe bien, les voisins s’entretuent dès le premier soir de la saison 2019-20, victoire des Clips 112-102. Pas de problème chez les purple and gold, 17 victoires sur les 19 matches suivants et une identité loin du Showtime mais déjà efficace. La défense et la domination intérieure forgent ces Lakers, qui de matchs en matchs, prouvent qu’un nouveau géant s’éveille à l’Ouest. Revanche face aux Clippers le soir de Noël, la franchise roule sur sa conférence et tourne à plein régime avant d’entrer en 2020. Le premier mois de l’année n’est pas encore écoulé que le drame tape à la porte du monde entier. Le 26 janvier, Kobe Bryant et sa fille Gianna décèdent dans un accident d’hélicoptère. Émotion internationale pour un homme qui aura dédié 20 années de sa vie à l’organisation Lakers. Touché en plein cœur, l’effectif part instantanément « en mission ». Maintenant qu’une étoile est partie au ciel, il faudra finir la saison avec le titre, ou rien. Los Angeles continue de broyer quiconque oserait titiller la franchise. Coup de théâtre quand en mars, ce qui pouvait arriver de pire aux leaders de l’Ouest arrive. La saison NBA s’arrête en raison de la pandémie mondiale du COVID-19. Reprendra, reprendra pas ? La NBA est en suspens, durant de longues semaines avant que la délivrance ne soit annoncée le 26 juin. La saison reprendra le 30 juillet à Orlando, à huis clos, et ira à son terme. Se remettre dans sa bulle, continuer la mission, ne rien gâcher, les Lakers ne sont obsédés que par les Playoffs et sont assurés de terminer premiers de la conférence. Au premier tour, les Blazers seront au menu de Los Angeles. Si le premier match est remporté par le Portland de Damian Lillard, LA déroule et colle 4 victoires d’affilée aux Blazers. En demi-finales de conférence, c’est au tour des Rockets de subir la même correction. Trop petits pour exister face à l’immense Davis, les Fusées n’auront décoller que durant un match. Série bouclée 4-1. Les Lakers joueront leur première finale de conférence depuis… 2010. Les Nuggets arrivent pleins de confiance face au favori californien. Denver a torpillé les Clippers 4-3 après avoir été menés 3-1. Les gens du Lac sont prévenus. Premier match maîtrisé, avant un game 2 au couteau. À deux secondes de la fin du match, Denver mène 103-102. Balle Lakers fond de court, Rondo envoie un caviar pour Anthony Davis. Le mono-sourcil s’élève derrière la ligne à trois points et déclenche. BAAAAAANG ! Ficelle et victoire Lakers arrachée par AD, qui prend une dimension encore supplémentaire dans l’effectif de Frank Vogel. Malgré une défaite au match 3, LA plie encore la série à 4-1. Los Angeles retrouve les Finales, dix ans après, et avance en favori avant l’entre-deux du game 1. À l’Est, le trouble-fête Miami continue d’exécuter ses victimes. Après Indiana et Milwaukee, Boston tombe face au Heat (4-2). Il n’y aura pas de finale rêvée contre les Verts. Heat – Lakers, voilà une affiche aussi improbable qu’excitante. Le premier match est frappé de malédiction pour Miami : Bam Adebayo, Goran Dragic et Jimmy Butler se blessent et entraînent avec eux la première chute de Miami, 116-98. Le chat noir aurait-il enfin quitté les épaules californiennes ? Le match 2 est à nouveau une formalité et les Lakers tournent à 2-0 avant le game 3. La rébellion du Heat arrive et emporte tout sur son passage. AD est confiné à 15 points quand Butler en plante 40 points. Victoire floridienne, 2-1 ans la série. L’espoir est toute fois chassé par LA au game 4. Victoire 102-96 et une première cartouche enclenchée pour être champion. Los Angeles mène 3-1 et s’avance en patron pour ce match 5. Constamment derrière au score, les Angelinos parviennent à égaliser et passer devant à six minutes du terme. Lorsque l’horloge annonce qu’il reste 21 secondes à jouer, le Heat est mené d’un point 107-108. Jimmy Bucket assure ses deux lancers après une faute et redonne un game 6 à Miami à seize secondes de la fin. Derrière, la ville entière de Miami défend sur la pénétration de LeBron James qui n’a d’autre choix que de passer à Danny Green. Campé derrière l’arc, seul face au cercle, le sniper s’applique et… lâche un parpaing monumental. Rebond Lakers ! Markieff Morris envoie un semblant de tir en air-ball et laisse le Heat espérer à un miracle en revenant à 3-2 dans la série. Match 6, extrêmement décisif pour des Lakers qui doivent se rattraper et plier ces Finales. La troupe de Frank Vogel extermine toute idée de come-back surréaliste des floridiens, à peine la mi-temps sifflée. 64-36, voici le score à la fin du deuxième quart-temps. Les Lakers délivrent, pour certains, leur meilleure performance défensive de la saison et se nourrissent des transitions rapides offertes par le Heat. Ce n’était pas la priorité de Vogel en début de saison par hasard ? Los Angeles a terminé le match, les deux derniers quart-temps seront pour la forme. Anthony Davis n’en croit pas son sourcil mais il est bien champion NBA, le Roi lui, soulève un 4e trophée de MVP des Finales.

3769 jours. La franchise californienne attendait un nouveau titre depuis 3769 jours. Dix longues années, où les fans des Lakers auront tout connu. Depuis les bas fonds de la Ligue avec Marcelo Huertas pour assurer le jeu de l’équipe au duo diabolique LeBron – AD. L’organisation entière s’est mise la tête dans le guidon, a fait les bons choix et pris les bonnes décisions au bon moment. Un bon GM, un bon coach, un bon recrutement, un collectif parfaitement sublimé. C’est simple le basket, parfois. Dans une saison aussi particulière, le titre des Lakers prend une dimension mystique exacerbée. Le travail est fini, la mission, accomplie.

L'auteur : Clément Labonne

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